01 — Qualifications

Qui peut exercer
la médecine esthétique ?

La médecine esthétique n’est pas une spécialité médicale reconnue au sens du Code de la santé publique. Cependant, depuis 2024, l’exercice de certains actes — notamment les injections de toxine botulique — est strictement encadré par le diplôme et la spécialité du praticien.

La loi PLFSS 2026 (adoptée par le Sénat en novembre 2025) marque un tournant : l’autorisation d’exercice sera désormais délivrée par l’Ordre des médecins, sur la base de critères de qualification, de formation et d’expérience fixés par décret.

Spécialité Toxine botulique Acide hyaluronique Condition
Dermatologie Formation initiale suffisante
Chirurgie plastique & esthétique Formation initiale suffisante
Ophtalmologie Sous conditions Formation initiale suffisante
ORL / Chirurgie maxillo-faciale Sous conditions Formation initiale suffisante
Médecine générale & autres spécialités DIU requis DIU ou VAE obligatoire — Décret en préparation au Conseil d’État pour étendre la prescription de toxine botulique aux titulaires du DIU
Chirurgien-dentiste Péri-buccal uniquement Péri-buccal uniquement Autorisé uniquement pour les indications stomatologiques et péri-buccales (bruxisme, ATM, sourire gingival). Aucune autorisation pour les actes esthétiques faciaux généraux. Cadre juridique à confirmer selon les cas.
En vigueur
DIU de médecine esthétique (DIUME)

Diplôme Inter-Universitaire reconnu par le Conseil National de l’Ordre des Médecins. Depuis la rentrée 2024, il constitue la voie légale officielle pour les médecins non spécialistes souhaitant pratiquer la médecine esthétique.

🏛️Bordeaux, Créteil, Marseille
2 ans de formation — ~60 places/an
📚90h de cours théoriques + 80h de stages
Reconnu par le CNOM depuis 2024
📅Premiers diplômés attendus : juin 2026
En vigueur
VAE — Validation des Acquis de l’Expérience

Dispositif permettant aux médecins déjà en exercice de faire reconnaître leurs compétences sans repasser le DIU complet. Un dossier est soumis à une commission de spécialistes universitaires et de représentants de l’Ordre.

🎯Pour médecins déjà installés en esthétique
📋Dossier de compétences + évaluation
⚠️Niveau minimal de compétence à démontrer
En cours d’adoption
Autorisation d’exercice via l’Ordre (PLFSS 2026)

Le Sénat a adopté en novembre 2025 un amendement confiant à l’Ordre des médecins l’autorisation d’exercice en médecine esthétique. Les décrets d’application fixant les critères précis sont en attente de publication.

🏛️Commission de qualification de l’Ordre
📅Décrets d’application à venir
🔗Remplace le dispositif ARS prévu à l’Assemblée
Envisagé 2026
Encadrement des reconversions

À partir de 2026, toute reconversion vers la médecine esthétique pourrait être soumise à une autorisation préalable conjointe ARS + Ordre, afin de limiter les installations trop rapides dans un secteur très rémunérateur.

🚫Frein aux reconversions en quelques semaines
📋Dossier obligatoire avant installation
02 — Produits injectables

Toxine botulique, acide hyaluronique
et produits de comblement

Les produits injectables à visée esthétique sont des médicaments ou des dispositifs médicaux soumis à des circuits de distribution stricts. Leur achat, leur prescription et leur administration sont réservés aux professionnels de santé qualifiés.

Toxine botulique

5 spécialités avec AMM esthétique en France

⚖️

Statut : Médicament soumis à prescription obligatoire. 8 spécialités ont une AMM en France dont 5 à usage esthétique, dispensées en officine de ville exclusivement aux médecins habilités.

Vistabel® Lyophilisat
Laboratoire : Allergan / AbbVie
Molécule : OnabotulinumtoxinA
Zones AMM : Glabelle, front, pattes d’oie
Azzalure® Lyophilisat
Laboratoire : Galderma
Molécule : AbobotulinumtoxinA
Zones AMM : Rides glabellaires modérées à sévères
Bocouture® Lyophilisat
Laboratoire : Merz
Molécule : IncobotulinumtoxinA
Zones AMM : Glabelle + rides péri-orbitaires
Letybo® Lyophilisat
Laboratoire : Hugel / Ipsen
Molécule : LetibotulinumtoxinA
Zones AMM : Rides glabellaires modérées à sévères
Alluzience® Liquide (prêt à l’emploi)
Laboratoire : Galderma
Molécule : LetibotulinumtoxinA
Zones AMM : Rides glabellaires modérées à sévères
🏥

Usage hospitalier uniquement (non esthétiques) : Botox®, Dysport®, Xéomin® — indications neurologiques, réservés aux PUI.

⚠️

Décret en préparation au Conseil d’État : ouverture de la prescription aux médecins titulaires du DIU (~60 premiers diplômés attendus juin 2026). Arbitrage au ministère de la Santé.

📋 Fiches AMM détaillées par zone → Espace membres
Source : Ordre des Pharmaciens →

Acide hyaluronique

Produits de comblement

⚖️

Statut : Dispositif médical (CE marqué). Doit porter le marquage CE avec les 4 chiffres de l’organisme notifié. La vente à des non-professionnels est interdite.

👨‍⚕️

Qui peut injecter : Tout médecin qualifié (DIU ou spécialité reconnue). Depuis 2024, la prescription médicale préalable est obligatoire.

📋

Obligations : Consentement éclairé écrit, devis signé, traçabilité du produit (numéro de lot, péremption), conditions d’asepsie strictes.

🔗

Ressources UME-SML : Retrouvez nos recommandations de bonnes pratiques, modèles de documents et fiches pour les injectables dans notre bibliothèque. Accéder à nos ressources →

🚫

Lemon Bottle : Solution lipolytique non homologuée, interdite en France. Son utilisation expose le praticien à des poursuites pénales.

PRP, PDRN & Polynucléotides

Médecine régénérative injectable

⚖️

PRP (Plasma Riche en Plaquettes) : Acte médical réservé aux médecins. Prélèvement sanguin, centrifugation, ré-injection. Consentement éclairé obligatoire. Veille ANSM en cours sur l’encadrement des kits de préparation.

🧬

PDRN / Polynucléotides (PN) : Fragments d’ADN purifié issus du saumon. Connus en Europe depuis 30 ans pour la cicatrisation. Autorisés en injection depuis 2021 en Europe. Statut en France : dispositif médical (selon les produits) ou usage hors AMM selon la formulation — cadre en cours de clarification par l’ANSM.

⚠️

Point de vigilance PDRN : Certains produits (Rejuran®, Plinest®) circulent sans AMM française. Le médecin engage sa responsabilité. Vérifier systématiquement le marquage CE et les conditions de traçabilité avant utilisation.

🧪

Exosomes : Cadre réglementaire en cours de définition par l’ANSM. Usage encore expérimental. Traçabilité obligatoire.

Veille ANSM sur les injectables régénératifs →
03 — Publicité & communication

Communication médicale :
droits et interdictions

La communication des médecins esthétiques est encadrée à la fois par le Code de déontologie médicale et par les textes relatifs à la publicité médicale. Depuis 2023, la loi « influenceurs » ajoute une couche supplémentaire de contraintes.

Ce que vous pouvez faire

Informations factuelles : formation, diplômes, spécialités, horaires, coordonnées du cabinet — conformément à l’article R.4127-19 du Code de la santé publique.

Contenu pédagogique : partager des informations sur les techniques, les indications médicales, les risques et contre-indications des actes. Le contenu doit informer, pas inciter.

Site internet professionnel sobre et factuel, présentant les actes pratiqués et les qualifications du praticien.

Présence sur les réseaux sociaux à visée éducative, sans valorisation commerciale des résultats ni incitation à consulter.

Photos avant/après dans un contexte exclusivement médical et pédagogique (dossier patient, formation, congrès) avec le consentement écrit et explicite du patient.

Source : Code de déontologie médicale — CNOM →

Ce qui est formellement interdit

🚫

Publicité comparative et promesses de résultats garantis — strictement interdites par le Code de déontologie.

🚫

Photos avant/après à des fins commerciales ou promotionnelles — même avec consentement du patient si le but est d’inciter à consulter.

🚫

Offres promotionnelles, réductions, codes promo sur des actes médicaux — assimilées à un démarchage médical interdit.

🚫

Partenariats rémunérés avec des influenceurs pour promouvoir des actes esthétiques — interdit par la loi du 9 juin 2023.

🚫

Démarchage actif des patients par tout moyen (e-mail, SMS, réseaux sociaux ciblés) — formellement interdit.

🚫

Témoignages de patients valorisant un acte ou un résultat à des fins promotionnelles.

Source : Légifrance — Code de déontologie médical et CSP →

Réseaux sociaux : ce que vous pouvez publier

Contenus éducatifs : explication des actes, anatomie, mécanismes des produits, gestion des risques.

Veille scientifique : partager des articles, des études, des avancées de la recherche — sans valorisation commerciale.

🚫

Vidéos en train de réaliser des actes à des fins promotionnelles — interdites, même si elles ne montrent pas le visage du patient.

🚫

Mention des tarifs à titre incitatif, filtres ou retouches présentant des résultats artificiels ou idéalisés.

⚠️

Loi influenceurs du 9 juin 2023 (applicable depuis janvier 2026) : interdiction de promouvoir tout acte de médecine esthétique, même indirectement. Peine : jusqu’à 2 ans de prison et 300 000 € d’amende.

Source : Loi influenceurs juin 2023 — Vie Publique →

Photos avant/après : ce que dit la loi

Contexte médical autorisé : dossier patient, formation DPC, congrès scientifique, enseignement universitaire — avec consentement écrit et daté du patient.

🚫

Usage promotionnel interdit : publication sur site internet, réseaux sociaux ou supports publicitaires dans le but d’inciter à recourir à un acte.

🚫

Filtre Instagram / retouche numérique : toute modification altérant la réalité du résultat est assimilée à de la publicité mensongère.

⚠️

Le consentement seul ne suffit pas : même avec accord du patient, la publication à des fins commerciales reste interdite par le Code de déontologie (art. R.4127-19 CSP).

📋

Conservation RGPD : les photos stockées dans le dossier patient sont des données de santé soumises au RGPD. Durée de conservation : 20 ans minimum pour les actes médicaux.

Source : CNOM — Guide de la communication médicale →
2023
Loi du 9 juin 2023 relative aux influenceurs — applicable depuis janvier 2026

Interdit aux influenceurs de promouvoir des actes de chirurgie et de médecine esthétique. S’applique aussi aux médecins collaborant avec des influenceurs à des fins commerciales. Sanctions : jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende (7 ans en cas de circonstances aggravantes). En 2024, la DGCCRF n’a procédé qu’à 13 interventions — illustrant un manque criant de répression.

Texte complet →
04 — Lasers & technologies

Qui peut utiliser
les lasers ?

Le décret n°2024-470 du 24 mai 2024 a ouvert l’épilation au laser et à la lumière pulsée aux esthéticiens et infirmiers, mais a maintenu de nombreux actes en exclusivité médicale. Une formation obligatoire entre en vigueur pour tous les professionnels au 1er septembre 2026.

Décret n°2024-470 du 24 mai 2024

Réforme de l’épilation laser et IPL

Ce décret ouvre la pratique de l’épilation à la lumière pulsée intense et au laser à visée non thérapeutique aux esthéticiens et infirmiers diplômés d’État, sous réserve d’avoir suivi une formation spécifique obligatoire. Il distingue clairement les actes esthétiques non invasifs (accessibles aux esthéticiens formés) des actes médicaux (réservés aux médecins).

FAQ officielle DGCCRF →
Arrêté du 19 février 2025

Formation obligatoire — applicable au 1er septembre 2026

À compter du 1er septembre 2026, tous les professionnels pratiquant des actes esthétiques (médecins, infirmiers, esthéticiens) devront justifier d’une formation spécifique conforme aux exigences de cet arrêté. Cette obligation concerne notamment l’épilation laser, la cryothérapie, la radiofréquence et les traitements par lumière pulsée.

Informations ARS →
Tableau des actes par professionnel habilité
Acte Habilitation
Injections (toxine, AH, PRP) Médecins qualifiés uniquement
Épilation laser / IPL (non thérap.) Médecins + esthéticiens formés
Laser détatouage Médecins uniquement
Électrolyse / épilation par effraction Médecins uniquement
Laser ablatif (resurfacing) Médecins uniquement
Radiofréquence (esthétique) Médecins + esthéticiens (formation)
Cryolipolyse esthétique Médecins + esthéticiens (formation)
Lipofilling / BBL Chirurgiens plasticiens uniquement
Stylos compresseurs « sans aiguille » Médecins uniquement (perforation cutanée)

Vert : règle stable — ● Orange : réglementation en précision — ● Rouge : exclusivité médicale absolue

05 — Fiscalité

TVA, BNC et régimes fiscaux

La fiscalité des médecins esthétiques libéraux est spécifique : certains actes sont soumis à la TVA, d’autres exonérés. Le choix du régime fiscal (micro-BNC ou déclaration contrôlée) a un impact direct sur la rentabilité du cabinet.

TVA

Taxe sur la Valeur Ajoutée

Exonérés : tous les actes thérapeutiques pris en charge par l’Assurance Maladie (soins médicaux, chirurgie réparatrice).
Soumis à TVA à 20 % : actes esthétiques à finalité non thérapeutique (injections d’agrément, lasers esthétiques, peeling, etc.).
Seuil de franchise en base de TVA : 37 500 € HT en 2025 (seuil majoré 41 250 €). En cas de dépassement, TVA due à partir du 1er janvier suivant.
La redevance de collaboration, les expertises et les activités annexes sont également soumises à TVA si elles dépassent les seuils.

Régimes BNC

Bénéfices Non Commerciaux

Micro-BNC : applicable si recettes < 77 700 € (83 600 € à partir de 2026). Abattement forfaitaire de 34 % sans justificatif de charges.
Déclaration contrôlée (régime réel) : obligatoire au-delà des seuils. Permet de déduire toutes les charges réelles justifiées.
Suppression des OGA en 2025 : les organismes de gestion agréés et la réduction d’impôt associée ont été supprimés au 1er janvier 2025. Plus de majoration de 25 % sans OGA, mais plus d’aide aux frais de comptabilité.
Barème progressif IR 2025 : 0 % → 45 % selon tranches de revenus. Les BNC s’ajoutent aux autres revenus du foyer.

Charges déductibles

Régime réel uniquement

Cotisations CARMF (hors CSG/CRDS non déductible), assurance RCP, loyer cabinet, matériel médical.
Frais de congrès et formation : déductibles si lien direct avec la spécialité déclarée. Un congrès de médecine esthétique pour un généraliste non qualifié peut être refusé.
Frais de repas : plafond 15,65 € par repas en 2025 (part déductible : 10,20 €).
Charges personnelles, amendes, pénalités fiscales, frais somptuaires non justifiés.
Cotisations CARMF déductibles à 100 % sauf la part CSG/CRDS non déductible.
06 — Sanctions

Exercice illégal :
les risques encourus

En 2024, l’Ordre des médecins a enregistré 128 signalements pour exercice illégal de la médecine esthétique (contre 62 en 2022). Les sanctions touchent aussi bien les non-médecins pratiquant illégalement que les médecins exerçant hors de leurs qualifications reconnues.

Chiffres clés 2024
Signalements Ordre des médecins 128
Enquêtes DGCCRF ouvertes en 2024 300+
Cas de botulisme grave signalés à l’ANSM 11
Pénal

Exercice illégal de la médecine

2 ans + 30 000 €

Toute personne non médecin pratiquant des injections ou actes médicaux à visée esthétique. La peine peut être aggravée en cas de blessures ou de mise en danger de la vie d’autrui.

Pénal — Loi influenceurs

Promotion illégale d’actes esthétiques

2 ans + 300 000 €

Influenceurs et médecins collaborant à des fins commerciales. Jusqu’à 7 ans et 750 000 € en cas de circonstances aggravantes (public mineur, dommages corporels).

Ordinal

Exercice hors qualifications pour un médecin

Jusqu’à radiation

Un médecin pratiquant des actes esthétiques sans DIU ni spécialité reconnue s’expose à des sanctions ordinales pouvant aller jusqu’à la radiation. Risque de refus de couverture par l’assureur RCP.

Civil & Assurance

Refus de couverture RCP

Risque financier total

Sans titre reconnu par l’Ordre, les assureurs peuvent légalement refuser d’indemniser le praticien en cas de sinistre. Le médecin est alors personnellement exposé à l’ensemble des dommages et intérêts.

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Textes réglementaires complets, modèles de consentement conformes, guide de la publicité médicale, checklist RGPD, fiche de référence par acte — tout est dans la bibliothèque UME-SML.