En bref

La France ne tient aucun registre national des praticiens de médecine esthétique. Les repères les plus solides sont ceux de l’Ordre des médecins : environ 3 700 dermatologues, 1 000 chirurgiens plasticiens et près de 2 millions de patients pris en charge chaque année, dont 1,2 million pour des injections. À ces repères s’ajoutent des travaux plus récents : un marché en croissance de 64 % entre 2018 et 2024 (Xerfi), une part estimée à 40 % des actes réalisés hors cadre médical, une activité non déclarée évaluée à environ 800 M€ par an — et 61 % des Français qui demandent un encadrement renforcé (étude Norstat, janvier 2026). Les autres chiffres restent des estimations.

Les chiffres n’ont de valeur que lorsqu’ils sont fiables, transparents et interprétés avec rigueur.
Graphique de données
Cartographier et mesurer une discipline encore mal documentée.

La médecine esthétique occupe une place importante dans le paysage médical français. Elle demeure pourtant l’une des disciplines les moins bien documentées. Combien de médecins exercent réellement cette activité ? Quelle part de leur exercice y consacrent-ils ? Quels sont les actes les plus pratiqués ? À ces questions, il n’existe pas encore de réponses pleinement consolidées.

Repères chiffrés et niveaux de fiabilité

Avertissement méthodologique. La France ne dispose d’aucun registre national des praticiens de médecine esthétique. Cette activité ne correspond à aucun acte remboursé : elle n’est donc pas comptabilisée par l’Assurance maladie. Les repères ci-dessous croisent des données institutionnelles (Ordre des médecins) et des estimations professionnelles (syndicats, sociétés savantes). Plusieurs sont, par nature, des ordres de grandeur.
IndicateurRepère chiffréSourceFiabilité
Médecins en activité en France≈ 237 300CNOM, Atlas 2024★★★★★
Médecins généralistes≈ 101 000CNOM, Atlas 2024★★★★★
Dermatologues-vénéréologues≈ 3 700CNOM, Atlas 2024★★★★★
Chirurgiens plasticiens≈ 1 000CNOM, Atlas 2024★★★★☆
Patients pris en charge chaque année (au moins un acte esthétique)≈ 2 millions, dont ≈ 1,2 million pour des injections (acide hyaluronique ou toxine botulique)Bulletin du CNOM, janv. 2025★★★☆☆
Médecins généralistes pratiquant la médecine esthétique≈ 1 500, dont ≈ 500 à titre principalEstimation SNME★★☆☆☆
Médecins ayant une activité esthétique régulière (toutes spécialités)de ≈ 2 800 (estimation basse) à ≈ 5 000 (estimation large)SNME / CNOM★★☆☆☆
Part des dermatologues réalisant des actes esthétiquesune majorité en pratiquent : pour 64 % d’entre eux, moins de 10 % de l’activité ; ≈ 5 % à titre principalÉtude SNDV★★★☆☆
Médecins titulaires d’un DU/DIU de médecine esthétiqueplusieurs centaines à quelques milliers (cumul ; aucun registre)Estimation★☆☆☆☆

Lecture de l’indice de fiabilité. ★★★★★ et ★★★★☆ : donnée institutionnelle (Ordre des médecins). ★★★☆☆ : source professionnelle concordante. ★★☆☆☆ : estimation à consolider. ★☆☆☆☆ : estimation exploratoire, à interpréter avec prudence.

Un marché en forte croissance, une part importante hors cadre médical

Origine de ces repères. Les chiffres ci-dessous sont issus de travaux publiés entre 2022 et 2026 (Xerfi, Ordre des médecins, ANSM, Sénat) et des travaux de cadrage présentés le 11 mars 2026 lors du lancement du label des bonnes pratiques en médecine esthétique. L’UME-SML les reprend pour éclairer le débat public, en indiquant pour chacun sa source et son niveau de fiabilité.
+64 %

Croissance du marché français de la médecine esthétique entre 2018 et 2024.

Xerfi, Le marché de la médecine et de la chirurgie esthétiques (2024)
★★★★☆
≈ 40 %

Part estimée des actes à visée esthétique réalisés hors de tout cadre médical.

Xerfi (2024) ; travaux de cadrage du label (2026)
★★☆☆☆
300

Enquêtes ouvertes en 2024 pour promotion d’exercice illégal de la médecine dans le domaine esthétique.

CNOM — pratiques illicites en esthétique médicale ; ANSM (2023)
★★★☆☆
0

Diplôme qualifiant spécifique à la médecine esthétique : ni spécialité reconnue, ni diplôme officiel depuis 2013.

CNOM ; Sénat, rapport sur la médecine esthétique (2022)
★★★★☆

Cette croissance n’est pas en soi un problème : elle traduit une demande réelle, portée par une population plus jeune et largement exposée aux contenus des plateformes numériques. Ce qui pose problème, c’est la part de cette demande qui se déplace vers des intervenants sans qualification médicale, avec des produits échappant à tout contrôle sanitaire.

Qui pratique hors cadre médical ? Les signalements recensés décrivent des profils récurrents : esthéticien(ne)s, coiffeur(se)s, tatoueur(se)s ; personnes se présentant comme médecins ou médecins non autorisés à exercer en France ; infirmier(e)s agissant hors de tout cadre de délégation ; influenceur(se)s disposant de dizaines de milliers d’abonnés. S’y ajoute un commerce de fausses formations, destiné à recruter de nouveaux intervenants non médicaux.

Complications documentées. Les signalements font état de :

  • cécité irréversible par occlusion vasculaire ;
  • accidents vasculaires cérébraux ;
  • nécroses et défigurations permanentes ;
  • botulisme sévère — réanimation, décès — paralysies, troubles de la déglutition, détresse respiratoire aiguë ;
  • sepsis et infections virales (VIH, hépatites) ;
  • retentissements psychologiques durables.

Sources : ANSM, bilan des signalements (2023) ; travaux du CNOM sur les pratiques illicites en esthétique médicale. Voir aussi nos guides : exercice illégal de la médecine esthétique et occlusion vasculaire : la conduite à tenir.

Le poids économique de l’activité hors cadre médical

Attention : ordres de grandeur. Une activité non déclarée ne se mesure pas directement. Les montants ci-dessous sont des estimations construites à partir de données de marché (Xerfi) et d’hypothèses de calcul explicites. Ils doivent être lus comme des ordres de grandeur, non comme des mesures.
≈ 800 M€

Chiffre d’affaires annuel estimé des actes réalisés par des non-médecins, hors de tout cadre déclaratif.

Estimation — travaux de cadrage du label (mars 2026), à partir de Xerfi (2024)
★★☆☆☆
≈ 160 M€

TVA non collectée chaque année par l’État sur cette activité.

Estimation — travaux de cadrage du label (mars 2026)
★★☆☆☆
≈ 350 M€

Manque à gagner fiscal et social annuel, hors TVA.

Estimation — travaux de cadrage du label (mars 2026)
★★☆☆☆

L’enjeu n’est pas seulement budgétaire. Le marché parallèle et la contrefaçon détournent une part de la demande au détriment des industriels homologués, et en particulier de la production européenne et française — l’acide hyaluronique de grade médical produit en Ille-et-Vilaine en est un exemple. À la perte de recettes publiques s’ajoute donc une perte de valeur industrielle, et une perte de traçabilité sanitaire : un produit vendu hors circuit régulé n’est ni contrôlé, ni rappelable.

Ces estimations ont été rendues publiques le 11 mars 2026 et reprises par la presse économique (Économie Matin, 11 mars 2026).

Ce qu’en disent les Français

Méthodologie. Étude Norstat réalisée en ligne auprès d’un échantillon de 1 000 répondants représentatif de la population française, les 16 et 17 janvier 2026. Résultats rendus publics fin janvier 2026.
40 %

des Français déclarent avoir déjà eu recours — ou envisager d’avoir recours — à la médecine esthétique au cours de leur vie.

Étude Norstat, janv. 2026
★★★★☆
52 %

des femmes de 18 à 35 ans déclarent avoir déjà eu recours — ou envisager d’avoir recours — à la médecine esthétique.

Étude Norstat, janv. 2026
★★★★☆
38 %

considèrent que la banalisation des actes médicaux sur les réseaux sociaux constitue le premier problème de la médecine esthétique.

Étude Norstat, janv. 2026
★★★★☆
61 %

demandent un renforcement de l’encadrement de la pratique — par des contrôles ou par la création d’un label spécifique.

Étude Norstat, janv. 2026
★★★★☆
96 %

demandent un contrôle des contenus promotionnels diffusés autour des actes de médecine esthétique.

Étude Norstat, janv. 2026
★★★★☆
70 %

estiment qu’il faudrait élargir la pratique des injections esthétiques à des médecins compétents, afin de réduire la surcharge des cinq spécialités aujourd’hui autorisées.

Étude Norstat, janv. 2026
★★★★☆
L’opinion ne demande pas moins de médecine esthétique : elle demande plus de médecins formés, et un meilleur contrôle de la communication.

Ces résultats recoupent deux constats que l’UME-SML porte depuis sa création. D’une part, la demande est installée et ne refluera pas : l’interdire ne ferait que la déplacer vers des intervenants non médicaux. D’autre part, ce que le public réclame n’est pas la fermeture de la discipline, mais sa régulation : un encadrement lisible de la communication, et l’accès à des praticiens dont la compétence est vérifiable.

La France dans le paysage européen

Dans la plupart des pays européens comparables, l’accès aux actes injectables à visée esthétique est déterminé par la qualité de médecin, et non par la spécialité. La France a retenu une approche plus restrictive : elle est, parmi ces pays, le seul où un médecin généraliste formé ne peut pas injecter de toxine botulique.

Type de praticienAllemagneBelgiqueItalieRoyaume-UniFrance
Chirurgiens plasticiens, maxillo-faciaux, ORL, ophtalmologuesTous actesTous actesTous actesTous actesTous actes
DermatologuesTous actesTous actesTous actesTous actesTous actes
Médecins généralistesTous actesTous actesTous actesTous actesTous actes sauf toxine botulique
Chirurgiens-dentistesPéribuccalRégion intra-oralePlein visage (depuis 2023)Plein visageRégion oro-faciale
Infirmier(e)s / paramédicauxInterditSous supervision médicale directeInterditToxine sur prescription ; filler sans prescriptionInterdit
Non-médecins (esthéticien, coiffeur…)InterditInterditInterditToxine sur prescription ; filler sans prescriptionInterdit

Sources : Bundesärztekammer, Leitlinien (2022) ; FNOMCeO, Rapporto (2023) ; Health and Care Act 2022 (Royaume-Uni) et régime de licences 2025-2026 ; travaux de cadrage du label (mars 2026). Tableau simplifié : chaque pays applique en outre ses propres règles de formation, de publicité et de responsabilité.

Les deux extrêmes produisent le même résultat. L’Allemagne et l’Italie réservent les injectables aux médecins, toutes spécialités confondues, et observent très peu de pratiques illégales. Le Royaume-Uni a ouvert le marché aux non-médecins et met en place à partir de 2026 un régime de licences pour reprendre le contrôle. La France, elle, restreint l’accès des médecins sans empêcher les intervenants non médicaux d’opérer : la rigidité s’applique à ceux qui sont contrôlables, pas à ceux qui ne le sont pas.

Le paradoxe réglementaire français

  • ≈ 300 médecins exercent la médecine esthétique à titre exclusif, soit moins de 0,5 % des médecins généralistes. Cette activité ne peut donc pas être tenue pour responsable des déserts médicaux.
  • La toxine botulique est l’acte le plus demandé — et sert de produit d’appel aux intervenants non médicaux. Ses conditions de prescription et de délivrance (CPD) la réservent pourtant à cinq spécialités, alors qu’aucune sinistralité particulière n’est relevée chez les médecins généralistes formés.
  • Le cadre législatif est en suspens. L’article 69 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, qui soumettait la pratique de la médecine esthétique à une autorisation préalable, a été censuré par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-899 DC du 30 décembre 2025).
  • La reconnaissance institutionnelle manque toujours. Ni spécialité, ni diplôme spécifique officiel depuis 2013 : les médecins concernés ne peuvent se présenter comme « médecin esthétique » sans risquer une procédure ordinale.
  • Le marché reste dérégulé en ligne. Fausses formations, plateformes sans contrôle, comptes suivis par des milliers d’abonnés : la concurrence s’exerce hors de toute règle déontologique.

Sources : CNOM, Atlas de la démographie médicale ; Sénat, rapport sur la médecine esthétique (2022) ; Conseil constitutionnel, décision n° 2025-899 DC du 30 décembre 2025 ; travaux de cadrage du label (mars 2026).

C’est précisément ce que l’UME-SML porte auprès des pouvoirs publics : faire dépendre l’autorisation d’une compétence vérifiable — formation documentée, expérience documentée, assurance couvrant la pratique — plutôt que du seul intitulé de spécialité. Voir notre demande d’ouverture des CPD de la toxine botulique et notre page Réglementation.

Pourquoi des estimations ?

L’absence de registre national spécifique ne permet pas de connaître avec précision le nombre de médecins exerçant réellement la médecine esthétique, la part de leur activité qui y est consacrée, leurs parcours de formation ni la répartition des techniques pratiquées.

Deux ensembles de chiffres coexistent et divergent : une estimation basse, portée par les syndicats de la discipline, et une estimation plus large, citée par l’Ordre des médecins lorsqu’on additionne toutes les spécialités. Cette divergence elle-même illustre le besoin d’un système d’observation partagé.

Les travaux de cadrage présentés en mars 2026 retiennent ainsi un ordre de grandeur d’environ 300 médecins exerçant à titre exclusif, là où le SNME estime à environ 500 le nombre de généralistes pratiquant la médecine esthétique à titre principal. Les deux estimations ne mesurent pas exactement la même population — et aucune ne repose sur un registre. C’est précisément ce que l’Observatoire cherche à corriger.

L’un des objectifs de l’Observatoire de la médecine esthétique est précisément de contribuer à améliorer progressivement la qualité, la transparence et la comparabilité de ces données.

Une exigence de transparence

L’absence de données homogènes ne doit pas conduire à renoncer à mesurer : elle impose au contraire davantage de rigueur. L’UME défend une approche fondée sur des méthodes explicites, des sources identifiées et une lecture critique des résultats. Toute donnée mérite d’être replacée dans son contexte, confrontée à d’autres sources et interprétée avec prudence.

Mieux mesurer, c’est mieux comprendre ; mieux comprendre, c’est mieux décider.

Sources

Données arrêtées en septembre 2026. Cette page sera actualisée au fil des travaux de l’Observatoire.

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